Résumé de la thèse de Julie Matagne et de ses prescriptions aux concepteurs de médias forestiers.

En fin d’année 2018, Julie Matagne a reçu la médaille d’argent du Trophée Jean-Paul Lanly remis par l’Académie d’Agriculture pour sa thèse : Littératie médiatique et environnement, évaluation de l’autonomie cognitive des jeunes envers les médias traitant des forêts.

Elle s’interroge sur la façon dont les jeunes sont capables de penser par eux-même les médiatisations de la forêt ?

Pour réaliser ce travail pionner, elle a interrogé des élèves de différents profils selon diverses variables :
➡ étudiant foresterie /étudiant en éducation au média ;

➡ message informatif / messages persuasifs ;
➡ connaissance informelle des forêts ;
➡ message simple vs. message complexe ;

Pour mener à bien ses interviews, elle utilise notamment plusieurs questionnaires et propose des affiches forestières à analyser (dont notamment la campagne d’affiches Merci la Forêt de France Bois Forêt).

Affiches de la campagnes de communication “Merci la forêt” de France Bois Forêt

Le but de cet article est donc de synthétiser ce travail, aux multiples perspectives d’application.

Je m’attarde plus particulièrement sur les préconisations de Mme Matagne aux concepteurs de médias forestiers, puisqu’en effet plus que jamais l’industrie forestière souffre d’une image négative alors que la forêt et ses produits, au contraire, sont en général associés à une image positive.

(Les passages en italique sont des extraits tirés des travaux de recherche de Mme Matagne et des autres documents évoqués) 

Des représentations sociales de la forêt problématiques pour l’acceptation des activités forestières

Aujourd’hui, une large part du public est contre le fait d’abattre des arbres et considère que la principale fonction de la forêt est écologique. Les fonctions de préservation de la forêt et d’exploitation sont incompatibles aux yeux de ce public.

De plus les citadins ont un rapport à la forêt virtuel, immatériel, et qui se construit principalement par les médias. La manière dont les médias communiquent à propos des forêts et les contenus véhiculés vont donc être déterminants sur les représentations du public et des jeunes.

Ces jeunes, qui dans cette société médiatique actuelle, sont assaillis par des messages stratégiques de format courts, peuvent avoir une vision lacunaire et imprécise de la forêt et de ses enjeux avec des idées qui se contredisent et s’affrontent.

Julie Matagne pose alors l’hypothèse que la difficulté du grand public et des jeunes à saisir la complexité des questions forestières peut prendre sa source dans ce type de communication plus visuelle que textuelle, à messages simplifiés et jouant souvent sur des images choc.

 

Concevoir des messages de format long

Pour donner des pistes d’améliorations  Mme Matagne préconise donc aux concepteurs de médias forestiers de créer des supports de communication plus longs avec des messages élaborés pour laisser le temps au public de réfléchir.

Produire des messages élaborés permettrait ainsi au public de saisir toutes les nuances de la réalité complexe du monde forestier, comme par exemple des messages articulant deux points de vue qui peuvent paraître totalement opposés : exploitation et préservation de l’environnement.

C’est aussi ce que préconisait le Plan de communication pour la filière forêt – bois du CGAAER rédigé au début de l’année 2018 dans son annexe 5 : lien vers le plan de communication.

Une communication faite de messages élaborés vers des interlocuteurs considérés comme capables de comprendre, d’analyser, d’apprécier, à l’opposé d’une communication de type publicitaire où le public constitue un cœur de cible sur lequel le message veut imprimer son impact.

 

Faciliter l’identification des énonciateurs des messages

Julie Matagne préconise également de rendre plus explicite et dans un langage accessible, la qualité institutionnelle des énonciateurs et leurs rôles.

Cela permettrait au public de mieux situer l’origine et les intentions du message médiatique et, par conséquent de mieux en interpréter le sens et la portée en éprouvant moins de difficulté à connecter mentalement les intervenants du milieu forestier ou de la filière du bois dans leurs différents rôles et leurs intérêts respectifs ainsi que de mieux expliquer « les facettes multiples des compétences et des techniques que les professionnels détiennent ».

 

Utiliser une communication éducative plutôt que des pratiques issues du marketing traditionnel

Enfin Julie Matagne recommande de ne pas utiliser des pratiques de communication inspirées du marketing (pauvre en contenu avec des messages répétitifs) à l’image des dernières publicités glanées sur les réseaux sociaux… (de Sancturay Asia, pour ne pas les citer 😉)

Capture d’écran de Facebook

Un exemple d’application concrète

Il semblerait que certains acteurs aient déjà intégré ces préconisations dans leur manière de communiquer, à l’exemple (il en existe d’autres…) du site www.questionsforet.com, site à visée pédagogique crée par L’interprofession Fibois Auvergne Rhône Alpes.

On y retrouve de nombreuses réponses aux fameuses questions  « où, quand, qui, quoi, comment ? »

Capture d’écran du site www.questionforet.com

Ainsi, comme le préconise cette chercheuse grâce à son travail remarquable, et même si la communication est identifiée comme un enjeu important pour la filière forêt-bois, il reste encore un travail pédagogique à réaliser si la filière souhaite que ses activités et ses enjeux soient entendus et acceptés par la société.

 

Sources

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