« Tout ce qui se passe dans l’esprit humain peut probablement être décrit
par un conglomérat de plusieurs arbres superposés »

Misha Gromov - Mathématicien

J’ai récemment eu l’occasion récemment de me rendre à l’exposition « Nous les arbres » à la Fondation Cartier pour l’art contemporain.

Cette exposition réunit une communauté d’artistes, de botanistes et de philosophes qui nous emmènent à la découverte d’oeuvres autour des arbres, organisées autour de 3 pôles : la connaissance des arbres, leur esthétique et leur dévastation.

 

L’arbre et la forêt, entre rêve et réalité

Le voyage commence par cette installation de table-herbier de l’artiste Luiz Zerbini entourée de peintures et monotypes de forêts-urbaine qui nous plongent dans une ambiance entre rêve et réalité.
L’artiste développe ses toiles selon une grille géométrique stricte qui révèle la richesse graphique du monde végétal et donne la sensation d’être dans la peinture comme au milieu d’une forêt.

Table herbier

Acrylique sur toile de Luiz Zerbini

Table herbier

Des dessins des artistes Yanomami de l’Amazonie brésilienne : Kalepi, Joseca et Ehuana Yaira représentent des arbres dont ils utilisent les fruits, les feuilles et l’écorce pour se nourrir, se soigner ou accomplir des rites chamaniques.

Artistes Yanomami

La relation de l’homme et de l’arbre, au cœur de la pensée de l’exposition

La relation homme-arbre apparaît comme le dénominateur commun des oeuvres de Fabrice Hyber, Raymond Depardon et Claudine Nougaret, situées dans la petite salle du rez-de-chaussée.

Sur un pan de mur se trouve une série d’outils aux manches en bois sculptés, évoquant à la fois les os du corps humains et les branches de l’arbre.

Auteurs inconnus

Afonso Tostes, Trabalho 2019

Fabrice Hyber, Impossible – 100 pommes 1 000 cerises, 2006

De l’évocation imaginaire au naturalisme

La visite continue et j’arrive à l’étage inférieur dans un univers plus réaliste.

Je découvre des œuvres étonnantes, comme ces arbres imprimés en texte dactylographié sur du papier notarial ancien de Johanna Calle. Cette énigmatique forêt de papier se fait vecteur d’un message politique : leur feuillage dactylographié évoque la déforestation, la fragilité des écosystèmes, les espèces endémiques et la spoliation des terres des paysans indiens de Colombie.

Dessins réalisés à l’échelle 1/100 à l’encre de Chine sur papier calque,
Cesare Leonardi et Franca Stagi

L’installation vidéo scientifique EXIT présente le processus de déforestation massive de trois forêts tropicales au Brésil par une saturation de chiffres et de données

Un espace est consacré au botaniste-voyageur Francis Hallé qui passe sa vie à dessiner les arbres des forêts tropicales dans ses carnets de planches. Une web-série de la fondation lui consacre d’ailleurs un épisode.

Sebastian Mejia s’approprie le thème des relation entre humains et arbres au cœur de la ville par une série de photographies qui souligne le paradoxe “Nous citadins, tenons la nature à distance, tout en essayant de la réinsérer dans nos foyers”.

Sebastian Mejia, Série Quasi Oasis, 17

Le Jardin de la Fondation Cartier

Un petit tour dans le jardin m’emmène à la découverte de Symbiosa.

Cette installation crée des « cernes numériques » à partir de données issues d’un chêne chevelu (à gauche) et un marronnier d’Inde (à droite). Les 12 capteurs placés sur et autour de ces 2 arbres mesurent en temps réel divers paramètres environnementaux qui influent sur leur croissance.

Symbiosia génère, à partir de ces données, un cerne numérique chaque seconde.

Je prends ensuite le temps de (re)découvrir les 24 essences d’ arbres répertoriés grâce au flashcode qui ramène vers les fiches scientifiques et des petites histoires de chacun des arbres du jardin.

Enfin c’est l’occasion de rencontrer la Chatte en bronze Nini, imaginée pour l’exposition par Agnes Varda avant son décès.

 

J’ai constaté une forte affluence lors de cette visite. Je m’en doutais un peu et cela confirme le succès et la qualité de cette exposition, mais également (et sans surprise) l’engouement de la société et des citadins pour les arbres et leur survie !

L’exposition est prolongée jusqu’au 5 janvier 2020. Allez-y !

Infos pratiques et site web

Du 12 juillet 2019 au 5 janvier 2020

P

Nocturne les mardis jusqu’à 22h