Communication papier ou digitale, quel impact environnemental ?

 A l’heure où certains grands groupes annoncent, non sans une certaine fierté, l’arrêt de la diffusion de leur catalogue papier pour faire appel à des outils plus respectueux de l’environnement, je me suis posée la question de ce qu’il en était vraiment.

Le papier, mauvais élève ?

La consommation de papier est plus facile à chiffrer que celle du numérique et donc, il est plus facile d’en évaluer son impact environnemental. Cette consommation de papier s’élève à 8,8 millions de tonnes en France en 2018 (source : Le Planetoscope).

Une industrie gourmande

L’industrie papetière, gourmande en eau et en énergie, a beaucoup travaillé ces dernières années pour réduire ces postes de consommations. De plus aujourd’hui des solutions de blanchiment sans chlore gazeux existent : il s’agit des papiers TCF : Totaly Chlorine Free.

Ces techniques alternatives utilisent de l’ozone, de l’oxygène, du peroxyde d’hydrogène ou même parfois des enzymes pour blanchir la pâte.

Autre avantage de ces nouvelles méthodes de blanchiment, elles facilitent la fermeture du circuit d’eau interne, ce qui réduit la consommation totale en eau.

D’autres solutions de blanchiment sans chlore élémentaire existent également (la pâte à papier est alors blanchie à l’aide de dérivés de chlore (Papier ECF : Elementary Chlorine Free)

 

Et la déforestation dans tout ça ?

Beaucoup de personnes sont sensibles à la déforestation que provoque l’usage du papier.

Il faut savoir qu’en France, le papier provient majoritairement de produits ligneux issus de coupes d’éclaircies (70 %) ( une éclaircie est une opération, le plus souvent une coupe pratiquée dans un peuplement forestier non arrivé à maturité, destinée à accélérer l’accroissement du diamètre des arbres restants) et pour 30 % de déchets de scieries…

Les certifications forestières PEFC et FSC permettent d’y ajouter la garantie supplémentaire que les bois utilisés dans la fabrication de la pâte à papier proviennent bien de forêts gérées durablement.

Ainsi vous pouvez être rassurés : l’utilisation de papier en France ne participe pas à la déforestation de la forêt amazonienne ! Qui est un autre problème en soi….

La face cachée du numérique

 

Tout d’abord, voici quelques chiffres liés aux usages du numérique (issus de la face cachée du numérique, de l’Ademe, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) :

En une heure dans le monde, sont effectuées :

milliards de mails

millions de recherches Google

Impressionnant, non ?

Les Email, une solution gratuite et respectueuse de l’environnement ? Vraiment ?

De manière assez simpliste, on pourrait se laisser tenter à croire que l’envoi d’un email a un impact environnemental très minime, en plus de sa gratuité. Alors pourquoi s’en priver ?

Parce que le poids des pièces jointes et le nombre de destinataires jouent fortement sur l’impact environnemental de nos envois électroniques.

Selon une étude de l’Ademe datant de 2011 « Analyse comparée des impacts environnementaux de la communication par voie électronique » (document que je n’ai pas imprimé ;-),  décupler le nombre de destinataires (par exemple si je mets mon collègue, mon N+1, son collègue, sa soeur, sa tante …) multiplie par un facteur 4 l’impact sur le changement climatique lors de l’envoi d’un email (calculé en g ou kg eq CO2 selon la méthode ReCiPe).

Et paradoxalement l’usage du numérique et la multiplication de l’envoi de données a fait augmenter la consommation de papier ces dernières années.

Fin de vie et recyclage des matériaux :
1 point pour le papier

 

Enfin si l’on se penche sur les différentes analyses de cycle de vie, on observera que le papier peut se recycler jusqu’à 7 fois ce qui représente environ 5,2 millions de tonnes recyclées par an, lorsque les déchets d’équipement électriques et électroniques eux ne sont recyclés qu’à hauteur de 25 %. (Ademe).

Ah oui, j’oubliais… pour recycler le papier il faudra installer une jolie corbeille à tri dans son bureau. 😉

Et si ce n’était pas si simple que cela ?

Une fois passé en revue ces éléments factuels, prenons maintenant en compte l’usage que l’on va faire du document, son temps de lecture, sa diffusion, etc.

Les résultats de l’étude de l’Ademe montrent que lire un document de 4 pages transmis par mail sur un ordinateur est moins impactant en potentiel de réchauffement climatique (mesuré en kg.éq.CO2) si et seulement si ce temps de lecture est 

inférieur à

pour un document imprimé en noir et blanc recto verso et 2 pages par feuilles, (fait assez rare…)

inférieur à

pour un document imprimé en couleur recto uniquement et une page par feuille.

Si l’on considère un document de 8 pages cette fois, on peut estimer qu’il est préférable d’imprimer le document en noir et blanc, recto-verso, 2 pages par feuille si le temps de lecture totale estimée dépasse environ 30 minutes.

Ce qui signifie donc que plus la durée de consultation et de conservation est courte, plus le support numérique est adapté.

Le choix du support de communication sera donc à étudier en fonction de son usage : un simple emailing promotionnel ou un catalogue comprenant un certain nombre de pages ne seront pas considérés de la même manière.

 

Une communication multi-canale ?

Opter pour une communication multi-canale, qui allie communication papier et communication digitale, semblerait être aujourd’hui un choix gagnant, d‘autant plus pour des filières comme celle du bois et de la forêt où les changements de comportements liés à l’usage du numérique n’ont pas encore été complètement pris en compte. 

Nous avons donc à notre disposition à minima 2 canaux de communication qui sont bien différents. Cette différenciation peut se faire aujourd’hui par la qualité d’un document imprimé (avec tous les avantages qu’il procure) alors que le digital risque de se perdre dans nos boites aux lettres, la majeure partie du temps, et restera souvent insipide.

 

Pour aller plus loin

Pour télécharger l’étude complète de l’Ademe : https://ademe.typepad.fr/files/acv_ntic_synthese_cle_usb.pdf

Pour aller plus loin et mettre en place des actions permettant de réduire notre impact sur l’environnement lié à l’usage du numérique je vous conseille la lecture du guide de l’Ademe « la face cachée du numérique : réduire les impacts du numériques sur l’environnement https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/guide-pratique-face-cachee-numerique.pdf

 

Crédit photo : plan rapproché – France Bois Région